Jeudi 18 août 2011
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A mon frère A,
Ce texte n’a aucune autre prétention que celle de faire part de mes réflexions à qui veut les entendre, est-ce le mal par le mal ou mieux encore la lettre avant la
lettre puisqu’initialement ces réflexions étaient destinées à mon Frère A qui entendait adresser un courrier à notre Frère B ? Voilà que sont définis les protagonistes, voyons dès lors ce
qu’il en est du contexte.
Il apparaît souvent que amis ou membres d’une même famille souffrent mutuellement de malentendus qui mettent en péril leur affection réciproque ou pour le moins en
difficulté la possibilité d’exprimer spontanément cette affection. Malentendus ? Certes mais quels sont les mots qui furent mal entendus ou quels termes se sont sédimentés sous forme de
substrats d’incompréhension mettant en exergue l’acuité de ce lien d’Amour qui les unissait autrefois et qui apparaît désormais comme un écueil sur le flot torrentueux de leurs différends.
Désormais, c’est cet écueil de terre qui menace le marin qui cherche à accoster. Quel absurdité d’être confronté à la noyade si proche de la rive et par l’émergence même de cette rive au large
d’un horizon que jamais on ne perd de vue. Il en est de même pour les hommes dont les flots de paroles pernicieuses ont par des tempêtes d’emportement mis à mal la relation affective qui les
relie, et là aussi ce ne sont pas les mots qui les blesse mais cet écueil d’affection qui vient sourdre au creux des bourrasques et qui leur rappelle combien ils se sont aimés.
Pourquoi ne sont-ils pas parvenus à serrer les dents pour éviter ces logorrhées de reproches ? Est-ce parce que le besoin d’exprimer la méprise de certaines
situations vécues passe par ces mots qui seront forcément mal entendus ? C’est cela, précisément, le fait d’en parler avec force expurge le souvenir néfaste et conjure le remords qui hante
les lâches préférant se taire alors que la situation exige la virilité d’une confrontation belliqueuse et peu importe le dégât si le conflit est juste. Alors, ils cherchent leurs mots, les
disent, les écrivent, les imaginent et ces locutions vocales ou scripturales se transforment de mots en maux qu’ils s’infligent à nouveau comme s’il fallait souscrire systématiquement à cette
pensée mystique véhiculée par toute religion « le pardon » pour « la faute ». Il semble que dans ce monde les hommes ne sont pas capables d’admettre que les vérités peuvent
être différentes pour chacun. Ce qui apparaît comme une faute pour l’un n’est pas d’évidence une faute aux yeux de l’autre et de plus qu’importe de juger son frère, n’est-il pas plus important de
l’aider en acceptant ses maladresses et ses erreurs et en l’aidant par l’attention et l’amour à surmonter cette épreuve si nous sommes convaincus qu’il fait fausse route ? Dès lors le
silence correspond à la patience et non à de la lâcheté et le suprême sacrifice fraternel est de supporter le poids de cette incompréhension dans l’attente d’en être libéré par la prise de
conscience de l’autre.
Il faut laisser le temps au temps et prendre par rapport à son œuvre un tel recul que l’instant présent se vive sans les douloureux souvenirs d’un passé dépassé
afin que l’avenir se bâtisse sans les mots annotés qui peuvent ressurgir quand affaiblis nous échappons à notre propre contrôle et nous nous permettons à nouveau de juger l’autre.
Le temps lui-même à besoin d’espace et c’est sur ce terrain que germe la vie et l’Amour, c’est là que grandit la famille, se réunissent les amis et passent les gens
remarquables avant qu’ils ne quittent cette terre en échappant définitivement à l’œuvre du temps. Ce terrain est l’espace dans lequel nous vivons et construisons tous les jours ce qui sera nos
souvenirs de demain, tant qu’il restera une seconde de vie, il restera suffisamment de temps pour trouver l’apaisement mais au plus tôt on s’emploie à le trouver et à l’enseigner par son attitude
et son abnégation, au plus long sera la route paisible qui nous mène au-delà et sur laquelle nous accompagnons les gens que nous aimons dans un quiétude qui se passe de mots et des écrits.
Il est temps pour tous les hommes de reprendre une voie plus sereine où le regard et l’étreinte donnent sens à nos existences dénuées de conflits car le seul
intérêt que nous nous reconnaissons n’est pas matériel mais affectif, c’est celui d’être ensemble et de donner à nos enfants l’exemple d’une famille où ils pourront se ressourcer de bonheur et de
joie.
NB : J’ai écrit ce texte en pensant à tous les hommes sur cette terre et en espérant que tous se sentent frères et se retrouveront dans ce texte. Si ce frère,
c’est toi cher lecteur, ne ressens surtout pas le besoin de transmettre ce texte sous forme de chaîne mais puisses-tu ouvrir tes bras pour accueillir celui qui hier encore te semblait
hostile.
Albert
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