La prise de conscience de la potentialité d’épanouissement qu’offre le changement du statut de sujet à celui
d’homme libre est indispensable à l’évolution comportementale de l’homme en marche vers sa liberté. Celui-ci peut réaliser dès lors le premier pas vers l’affranchissement. Cette étape n’est
toutefois que, déjà, et surtout le moment de la décision. « C’est le premier pas qui compte » est l’expression populaire qui souligne l’importance non de l’action mais de la décision de
l’action. Pourtant il y a plus important et c’est précisément cette prise de conscience qui est latente et sous-tend l’acte de libération en tant qu’aboutissement de la raison. C’est elle qui
rend durable et sans retour ce nouvel état d’esprit en adéquation avec le statut d’homme libre. Si l’être soumis, l’homme faible, la femme apeurée, l’esclave docile, le prolétaire exploité, le
citoyen méprisé, le prisonnier maltraité finissent par rejeter l’autorité qui les maintient dans cette situation d’asservissement féal qu’ils acceptèrent par atavisme, c’est qu’ils ont pris
conscience que cette situation n’est pas justifiable légalement ni naturellement acceptable. La difficulté réside dans le fait que la docilité des plus faibles est effectivement à l’origine de la
société humaine.
Lorsqu’on évoque le nom des pharaons en
parlant de pyramides, personne n’ignore que ce sont des esclaves qui les ont construites. Il n’y a que sur les monuments funéraires des héros de guerre que figurent les noms des esclaves envoyés
au combat sous le statut de soldat. Le mémorial se retrouve d’ailleurs essentiellement dans nos petits villages et dans nos lieux de culte où il est bon de rappeler au peuple qui trouve son authenticité au
pied du mur des martyrs qu’il y eut autrefois de bons citoyens obéissants et que chacun doit toujours être prêt au sacrifice extrême au nom de son pays et de sa race. Pour les autres jeunes
hommes tombés au combat, la plupart d’ailleurs dont les noms ne figurent pas sur les stèles officielles, ils seront assimilés au soldat inconnu qui par ailleurs est le seul que le Président
fleurira à la date d’anniversaire de la libération du pays. Geste que l’on nomme : « le souvenir ». Ah bon ! On se souvient des inconnus ?
La réalité n’est-elle pas qu’il s’agit plutôt de l’expression d’un profond
mépris à figer l’anonymat des gens dociles et de grandir celui des maîtres qui ont envoyé leurs esclaves-soldats à la mort ? On retiendra que le Général de Gaulle est le libérateur grâce aux
patriotes résistants qui sont des centaines de milliers d’anonymes sacrifiés par leurs maîtres. Le spectre de la mort au travers de la lutte du Maître et de l’esclave est la clef de voûte de
cette histoire humaine. Si d’aucuns ont accepté de vivre sous la férule de monarques ou de
dictateurs, si certaines femmes ont accepté les violences conjugales, si des prisonniers ont enduré sans révolte apparente des brimades et d’avantage, si l’ouvrier a enduré des heures de travail
ingrat au profit de certains patrons peu scrupuleux, c’est effectivement parce que leurs parents aussi ont vécu la même chose…
Mais voilà qu’aujourd’hui ces anonymes morts à l’ouvrage pour servir l’autorité de celui dont ils dépendaient ne
sont plus considérés comme exemple même si culturellement le subterfuge du martyre et du sacrifice humain est encore utilisé pour coaliser des personnes sous l’identité d’un parti, d’une
race, d’une religion ou toute autre identité criminelle destinée à des
fins belliqueuses quand le besoin s’en fait sentir, c’est-à-dire lorsque la richesse des puissants de ce monde doit être protégée ou cherche à s’étendre. Ce sont les nations qui aujourd’hui se
servent de cette technique rendant plus compliquée la lecture des conflits économiques. Irak, Afghanistan, Palestine, Libye, Géorgie, Côte d’Ivoire etc.… Afin de masquer la raison économique
des conflits, on exacerbe le sentiment patriotique face aux menaces virtuelles que l’on invente de toutes pièces. Exemple : « armes de destruction massives », on se donne la
légitimité d’ingérence à l’aide d’une institution telle l’ONU manipulée par des intérêts financiers et économiques de partenaires siégeant dans les comités de décisions et, bien entendu, on ne se
tient pas aux résolutions votées en abusant du mandat qui est octroyé pour l’intervention afin de réaliser ses propres desseins. L’armée française en Côte d’Ivoire et en Libye fit montre de cette
technique d’intervention qui aboutira à asseoir un pouvoir qui leur sera largement favorable. Lorsque la guerre sera terminée, les nouveaux dirigeants auront à cœur, (par obligation et la leçon
de ce qui est arrivé au prédécesseur suffira à les convaincre) de tenir leurs engagements économiques contractuellement favorables aux pays alliés zélés qui participeront à la reconstruction du
pays. Total, Areva, Dassault, Bolloré, etc.… ont encore de belles ascensions de côtes de bourses en perspective. Et si le projet était de faire tourner notre économie à l’aide de conflits
internationaux ?
Pas étonnant dès lors que cette stratégie passe par l’intervention d’un philosophe tel Bernard Henri
Levy, « éternel indigné au service du pouvoir. Il faut d’abord
soigner la stratégie de communication, faire comprendre aux Français le danger de l’islamisme. Ça, c’est le rôle de Claude Guéant. Il faut rattraper les erreurs de la France Afrique. On vire MAM
et on reprend les rennes pour intervenir afin d’assurer un potentiel économique aux industries françaises. Le Président Sarkozy qui n’a jamais caché son admiration pour la famille Bush a retenu
la technique de l’assassin financier et appliqué celle-ci avec zèle. La collusion entre les états, le FMI,
L’ONU et les grands industriels de ce monde est devenue indécente d’évidence mais encore trop de gens ne comprennent pas que le patriotisme, les religions et l’affirmation identitaires sont des
techniques permettant de manipuler l’opinion et préparer les hommes à devenir des soldats au service du capital et de la richesse que s’approprient quelques personnes qui par ailleurs ne sont
jamais au combat.
Les esclaves soldats et travailleurs ont été éduqués pour le rôle qu’ils doivent tenir dans cette société. C’est
cette instruction qui a procédé à l’éveil des esprits et qui a stimulé la capacité des êtres à douter des affirmations sans preuves empiriques. Alors que la révolution industrielle battait son
plein au XXe siècle redynamisée par deux grandes guerres qui ont permis le développement des pays les plus puissants militairement victorieux ou vaincus. Ils ont, bien entendu,
entraîné dans leur sillage les plus petits pays et créé des associations en vue de protéger juridiquement et militairement les richesses cumulées et non partagées. Lorsque ces richesses étaient
le permettaient, de parcimonieuses distributions se firent pour éradiquer les révoltes populaires qui ne pouvaient être coercitivement contrôlées. On ne parlera pas avec l’anonyme, le révolté,
mais on lui accordera quelques faveurs négociées avec des organismes syndicaux qui auront un chef de file plus ou moins contrôlable par les autorités.
Pendant ce temps dans le lit de leurs peines, les peuples déposaient le limon de la révolte. Ce limon est comme
une farine à laquelle se mêlera le levain de l’instruction. La force de l’espoir et la chaleur de la vie viendront ensuite pétrir les ingrédients dans le sang, la sueur et les larmes de la lutte afin de permettre à l’homme libre de prendre en mains son
destin. Et tout comme relaté par Sir Winston Churchill à l’occasion du fameux discours daté du 13 mai 1940, l’homme libre, cette fois, mesurera qu’il ne peut y avoir de vie sans
victoire. « …for without victory, there is no survival. ».
Pourtant, les puissants de ce monde reprennent vite les choses en mains. La commune
de Paris fut subtilisée aux communards, et mai 68 avec l’aide des nouveaux philosophes a engendré un sentiment de lutte perdue d’avance en limitant la dimension de la révolte à son statut et non
à sa finalité qui aurait dû être le pouvoir du peuple. Néanmoins on aura sauvé le statut d’intellectuel des auto-proclamés nouveaux philosophes nécessaires à la légitimité des gouvernements
futurs qui ne pourront pas faire appel uniquement à la religion mais qui devront trouver dans les allégations de ces philosophes la légitimité de leur vision politique. En 68,
« Glucksmann a élaboré un discours fondé sur le silence des masses, ou plutôt sur leurs plaintes pathétiques. Et le pathos, … est directement proportionnel à la faiblesse et
l’impuissance que l’on perçoit chez la victime… Le procès du marxisme et le discours du goulag avaient donc plusieurs buts, dont le principal était de faciliter la conversion de certains
gauchistes et de leur permettre d’acquérir un rôle de premier plan sur la nouvelle scène du pouvoir intellectuel de l’après-Mai. »
Aveuglés par leur suffisance, la nomenklatura intellectuelle française se rapprocha
du pouvoir en 2007, rendant fréquentable un président populiste. Pas étonnant, dès lors, que personne n’ait vu arriver ce qui se produisit au Maghreb et que pour reprendre la main dans le jeu
stratégique des influences géopolitiques en Afrique, ce soit encore un ex-nouveau philosophequi redéfinisse le destin orgueilleux du pays. En France, on a fait taire le peuple, faisant croire
qu’il était incapable de réfléchir par lui-même, on a intellectualisé sa lutte pour mettre en avant le côté romantique et contrôlable de la révolte afin d’éviter la révolution. En Tunisie,
Egypte, ou Libye, en revanche, on mène la révolution à son terme avec le même principe gaulliste : « Je vous ai compris ». Les gouvernements français se succèdent et se ressemblent, ils peuvent affirmer une chose et faire
son contraire sans aucun scrupule ou remord. Et pour éviter que le peuple n’y trouve quoi que ce soit à redire, il fallait encore l’abrutir d’avantage pour qu’il s’en tienne à son rôle de
troupeau docile. Les médias ont connus depuis des décennies des conflits de couloirs, des promotions douteuses et des connivences évidentes avec le monde politico-industriel qui assurait la
stabilité du pays dans une croissance économique douce pour les petits et fulgurante pour les puissants. Kristin Ross décrit de manière très documentée dans son ouvrage Mai 68 et ses vies
ultérieures, la manière dont les médias censurent le discours de la révolte en ne laissant que très peu de places aux interviews des manifestants mais en donnant la parole sans compter aux
politiciens et experts en tout genre qui se sont appropriés les luttes populaires en les théorisant et en terminant le combat dans le débat de salon. Et « le grand mal de notre temps
est - devenu - le fait de la dépersonnalisation des individus. Et tout concourt à cela : la machinisation excessive dans tous les domaines, la course aux vitesses, le gigantisme des
états, le nationalisme exacerbé des dirigeants, la subornation de la science qui la réduit au rôle de servante de petites cliques des puissants, l’éducation traditionnelle qui robotise les
générations qui montent, l’hypocrisie dans l’appellation des régimes actuels comme démocratie… »
Il restait aux puissants à gagner du temps et freiner l’émancipation des peuples ou trouver une alternative. Voyons comment en France les gouvernements successifs se sont
employés à enrayer cette marche des peuples vers l’émancipation et la liberté par des initiatives qui de toutes façons ne sont pas très originales puisqu’elles se claquent majoritairement sur
celles prise dans la société américaine. Les présidents français successifs, de gauche ou de droite, qui cultivent essentiellement leurs rictus et le pédantisme d’éloquence, n’ont au grand dam
des chauvins peuplant l’hexagone, aucune raison de pérorer en matière d’initiative en faveur du peuple qu’ils administrent. Les américains avaient compris bien avant nous le double avantage du
crédit en ce qu’il asservit le citoyen à la consommation et le rend égoïste dans le désir de posséder d’avantage, que lui donne la possibilité de vivre à crédit. Reste à faire passer le message
et faire taire la révolte en contrôlant les médias. Il faut transformer le révolté en consommateur et on allait mettre le paquet pour y arriver.
« La domination du libéralisme ne repose pas seulement sur
l’économique ; elle se fonde sur une dynamique culturelle profonde. Consommer, s’amuser, rester jeune : ces injonctions permanentes sont d’autant plus hégémoniques que démultipliées par
la technologie de l’Internet. Le capitalisme tire sa force de sa capacité à façonner les vies individuelles, à créer sans cesse de nouvelles dépendances et de nouveaux besoins. Il s’appuie sur la
culture du narcissisme. La passion la plus stimulée, la plus excitée de la modernité c’est l’égoïsme, c’est-à-dire la concentration sur soi-même. La société consumériste participe de
l’atténuation générale de la classe ouvrière, laquelle ne revendique plus son identité, mais cherche à paraître comme la bourgeoisie qu’elle voudrait être. »
Mais voilà, la croissance a ses limites dans lesquels il faudrait aujourd’hui la condescendance des administrés
pour qu’ils contribuent d’avantage en s’appauvrissant à enrichir leurs dirigeants coalisés aux industriels au travers de sociétés de lobbies générés par ces mêmes industriels ou des « Think
tank » relevant d’avantage de l’initiative des politiciens qui s’en servent
également pour rémunérer leurs amis intellectuels qui assurent la légitimité du pouvoir, Alain Minc, Jacques Attali, BHL, Glucksmann, Luc Ferry, etc… Le président français, en chute libre dans
les sondages et par sa politique aberrante en faveurs des nantis et au mépris du peuple français, a dû se trouver une autre voie pour redresser l’économie et donner un nouvel espoir au
narcissisme hexagonal. Ses génuflexions aux pieds des prélats en qualité de Chanoine de Latran, n’a pas permis de coaliser les croyants et les faux intellectuels. C’est alors qu’il a décidé de
prendre son chemin de Damas. La guerre pour s’affirmer en chef d’état, de continent, voire du
monde, il n’y a rien de tel. Humilié autrefois par Obama qui regardait ce petit bout d’homme arrogant et son mannequin osseux avec dédain, Sarkozy avait une revanche à prendre sur le président
yankee qui n’avait pas l’étoffe militaire de son prédécesseur, un va-t’en guerre de père en fils. La scène internationale n’avait plus réellement de président sanguinaire aux commandes, la place
était donc libre. Il ne s’agit plus de faire des montages complexes de rétrocommissions, des courbettes face aux dictateurs pour vendre des centrales nucléaires et du matériel militaire.
Maintenant on allait appliquer la méthode Perkins à la lettre. Cette méthode du nouveau Machiavel au service des
princes américains est basée sur la poudre aux yeux d’une stratégie mercantile d’état démocratique aux visées bellicistes humanitaires. En fait, cela consiste à disposer de l'argent du pays à
libérer du joug d'un dictateur qui était autrefois leur allié avant de procéder à la destruction des infrastructures en vue de s'assurer l'exclusivité des bénéfices
de la reconstruction. Après la dictature d'un tyran, les
armées des pays démocratiques installent durablement la dépendance financière dans les pays disposant pourtant des matières premières dont dépendent nos industries. C’est le prix à payer par les
pays libérés pour singer nos fausses démocraties ou n’est-ce pas tout simplement la méthode la plus sournoise du mal agissant au nom du bien?
Aujourd’hui la résistance s’organise au travers d’internet mais le réseau est
également le lieu d’une bataille sans merci entre la vérité sulfureuse révélée par des sites tels Mediapart, Wikileaks, etc et la manipulation technologique par la surveillance accrue de nos
faits et gestes avec notre consentement au travers de nos abonnements télévisuels, téléphoniques, internet et plus habillement grâce à nos mouchards de poche (gsm).
Pourtant nul téléphone n’est nécessaire pour un appel à la
raison !
Albert
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