L’homme ne commande à la nature qu’en lui obéissant[1]
Au cours de la campagne des élections présidentielles de 1974, René Dumont[2] critiquait le miracle japonais et prédisait que les dommages liés à la croissance de la production et de la population aboutiraient au milieu de ce siècle à l'effondrement de notre civilisation. Toutes les projections étaient soigneusement calculées et confirmées par des simulations informatiques qui furent ensuite divulguées par les conclusions des travaux du club de Rome dès 1972. Au cours de la campagne électorale et à la télévision française[3], le candidat écologiste a ces mots terribles: "Le Japon une question de survie".... 40 ans plus tard les faits lui donnent raison. C’est parce que nous avons refusé l'Utopie d'un monde meilleur, nous devons dès lors faire face à la mort de notre civilisation! En somme, en évitant le meilleur nous avons créé le pire.
Maintenant que nous sombrons, ne vous attendez pas à de l’élégance de la part des responsables car la fuite du navire est organisée par ceux qui savaient qu’il échouerait. Ils ont
confondu une caravelle d’Isabelle de Castille et le volatile de la fable. La seule chose qui les intéressait était la possession de l’or. S’il faut tuer la poule, peu importe, on coulera le
navire sans crier « les femmes et les enfants d’abord », sauf si l’océan est infesté de requins à rassasier.
Ainsi se meurt cette société d’illusions, sans espoir, sans projet ni alternative car l’homme y a retrouvé ses instincts de loup, nul orietur !
René Dumont pensait ou plutôt espérait qu’une pénurie de matières premières eut suffit à réveiller la part d’humanité sommeillant aux tréfonds de nos consciences de par la menace que cette carence des ressources naturelles nécessaires à la production de biens de consommation fait peser sur notre confort illusoire. Que nenni ! Entendez dans nos mégapolesmugir ces vaillants consommateurs ! La seule chose qui importe est le pouvoir d’achat. C’est d’ailleurs en transformant cette expression en slogan électoral que fut élu Président en 2007 celui qui, en France, portera le coup de grâce à la capacité de se payer des biens et des services à l’aide de ses propres revenus et cela, à cause d’une répartition volontaire et inégale des richesses. Les promesses rendent le peuple docile et le conduit en troupeau à ses lieux de culte. Voyez comment l’homme réagit aux catastrophes naturelles et écologiques. En Haïti, les autochtones sautillaient et dansaient la peur au ventre en criant Alléluia à chaque fois que la terre se mit à trembler. Au Japon, le peuple silencieux, courbe l’échine, les nippons se congratulent, se saluent, s’excusent. Dans les deux cas, je ne vois que la résignation de peuples soumis et je suis choqué que l’on puisse assimiler cette obéissance passive à de la foi ou de la dignité. La révolte populaire aurait dû sourdre des responsabilités évidentes de gouvernements négligents et d’industriels cupides à l’origine des risques certains qu’ils ont fait encourir à la population et au monde par leur négligence et corruption. On parlera en Haïti de foi et les églises dépêcheront leurs nonces et autres suppôts pour canaliser la foule en colère dans l’Amour du Christ tandis qu’au Japon la réputation de dignité inébranlable des gens au pays du soleil levant ne pourrait être ternie par l’emportement. Dès lors les japonais seront unis et solidaires de leurs industriels et dirigeants politiques comme autrefois ils acceptèrent de mourir pour le drapeau et l’empereur.
Lorsque René Dumont parlait d’Utopie ou de Mort, la sentence était implicitement évoquée dans le titre de
l’ouvrage au cas où ne changerions pas nos attitudes de consommateur. Si l’auteur n’avait apparemment pas sous-estimé le génie destructeur de l’homo-sapiens, il n’en avait pas moins négligé sa
faculté d’adaptation aux nuisances et sa propension à trouver des voies alternatives en vue de poursuivre l’évolution insensée d’une société de confort réduisant les valeurs de l’existence à la
notion de progrès définie par des économistes suicidaires. En effet, la véritable ligne conductrice de l’évolution de l’homme ressemble à une trainée de poudre. Quelle que soit la direction que
suit cette ligne, elle conduit irrémédiablement au baril qui sonnera le glas de l’humanité. L’alternative proposée aux biens de consommation dont la production nécessite des besoins énergétiques
immenses, est limitée en général au raisonnement à court terme qui consiste à considérer uniquement la pollution immédiate occasionnée par l’usage du produit concerné. Remplacer le carburant
polluant par l’électricité, soi-disant énergie propre, est une aberration puisque cette électricité doit être produite par des matières premières qui dégagent au mieux des gaz nocifs ou au pire
de la radioactivité. L’exemple récent du Japon est révélateur de la bêtise des hommes abrutis par leur fièvre acheteuse dont la contamination s’organise par les médias dans un
contexte marketing qui n’a d’autres buts que de soutenir la croissance d’une production effrénée en vue de produire des richesses réparties de manière très inégale.
L’égoïsme est ce qui sous-tend le rêve américain, traduit en français par « travailler plus pour gagner plus » et en italien par "vaffanculo". Dans l’hexagone, si un sondage d’opinion devait être réalisé en vue de décider du retrait de l’impôt sur les grandes fortunes, il faudrait le faire le jeudi après le tirage du loto afin de recueillir un maximum de votes négatifs car le consommateur ne met pas en péril ses privilèges et encore moins le rêve d’en posséder. La déception, après tirage, de s’être fait le rêve américain à l’italienne, donnera au grattage des sondages un non massif car c’est l’autre qui aura gagné. L’autre, cet inconnu dont le statut méprisable émane du fait que l’autre n’est pas soi par définition ! Cela ne procure donc aucun privilège au malchanceux que l’autre s’enrichisse. Haro sur ce perdreau qui croyait devenir grâce au jeu du hasard Calife à la place du Calife. Or, sans titre de noblesse la richesse est souvent vue comme mal acquise, ce qu’elle est par ailleurs de toutes les façons lorsque l’enrichissement se fait au détriment de l’autre qui, cette fois, est considéré comme soi par assimilation. Eh oui, le brave citoyen est pour le partage tant qu’il s’agit du bien de l’autre car chacun est conditionné en bon consommateur à accumuler richesses et biens et non à les partager. (Oh la la la vie en rose. Le rose qu'on nous propose. D'avoir les quantités d'choses. Qui donnent envie d'autre chose. Aïe, on nous fait croire. Que le bonheur c'est d'avoir. De l'avoir plein nos armoires. Dérisions de nous dérisoires – Foule Sentimentale / Alain Souchon[4]).
Aussi, ne nous étonnons pas si la catastrophe de Fukushima n’aura pas d’autres incidences que de promouvoir la sûreté des centrales made in Europe et plus spécifiquement en France. D’ailleurs la visite du Président[5] n’a pas d’autre objectif que de positionner Areva et EDF dans le champ apocalyptique des besoins énergétiques mondiaux. Le savoir-faire du pognon en France ne s’encombre d’aucun scrupule humanitaire et ce n’est pas le French Doctor qui nous contredira.
Francis Bacon voyait l’abeille comme figure idéale du penseur qui d’observations empiriques transforme la vision des choses par une réflexion créatrice. L’araignée dogmatique tire toute vérité de soi et la fourmi se contente d’appréhender les choses dans leur stricte réalité.
Le monde s’est organisé sur ce modèle et ce qui distingue l’abeille de la fourmi c’est la connaissance. La situation de l’éducation nationale aujourd’hui nivelle cette société d’abeilles afin de les réduire au rôle de fourmi jusqu’à ce qu’ils deviennent des consommables pour les araignées qui ont tissés leurs toiles étatiques en vue de se nourrir. C’est ce que nous retrouvons dans « la machine à explorer le temps » écrit par H.G.Wells en 1895.
« …Le voyageur du temps commence son récit en décrivant le monde de l'an 802 701. La Terre est habitée par les Éloïs, descendants des hommes. Androgynes, simplets et doux, ils passent leur temps à jouer tels des enfants et à manger des fruits dans le grand jardin qu'est devenue la Terre. À la surface de celle-ci, ne subsiste plus aucune mauvaise herbe, ni aucune autre espèce animale. Le monde semble être devenu un paradis.
Seulement l'explorateur du temps ne tarde pas à se rendre compte que cette apparente harmonie cache un
terrible secret. Des puits menant à des systèmes d'habitations souterraines sont répartis un peu partout, et un bruit de machine s'en échappe. C'est sous terre que vit une autre espèce
descendante aussi des hommes, les Morlocks, sortes de singes blancs aux yeux rouges ne supportant
plus la lumière à force de vivre dans l'obscurité. La nuit, ils vont etviennent à la surface en remontant par les puits, pour kidnapper des Éloïs dont en fait ils se nourrissent, devenus ainsi
leur bétail à leur insu… »[6]
Il reste que l’auteur a commis une erreur fondamentale dans la vision pessimiste qu’il a de la société. En
effet, les Elois sont comparables à des abeilles déchues qui sombreront dans les tréfonds de la terre pour produire aux côtés des Morlocks les biens de consommation qu’ils offriront à leurs
dirigeants. Ainsi se conçoivent nos sociétés où les araignées sont les détenteurs de nos biens et de nos vies, ils produisent, polluent et irradient ceux qu’ils exploitent en vue de renforcer
leur puissance. Et tandis que les plus abrutis d’entre nous s’attaquent à ceux que l’on tente d’abrutir, la
machine continue à tourner et à produire son lot de sacrifiés et de privilégiés. La banlieue éclate de haine féroce et la bêtise rend les daleux agressifs envers leurs proches
voisins.
Pourtant ce sont les puissants de ce monde qui, autrefois, ont instauré la scolarité. De plus, la
religion ne compte-t-elle pas parmi ses représentants des copistes, les missionnaires, les prophètes, etc …. N’ont-ilspas contribué à l’éveil de l’esprit ? Bien entendu, je ne nierai jamais que les rois et le clergé sont à l’origine de l’instruction mais il est important de savoir que les motivations
d’autrefois n’ont pas trouvé dans l’évolution intellectuelle de la société le résultat escompté. En effet, Alcuin[7],
ministre de Charlemagne était avant tout un religieux convaincu que le roi pouvait être à l’image d’un empereur romain régnant sur un territoire unifié par la langue et par la religion. Le fait
que la même langue soit parlée permettait en outre de prier à l’unisson et de s’accorder les faveurs de Dieu indispensables à la création de l’empire carolingien. Aussi fallait-il que les
ouailles prient sans se tromper afin que Dieu entende leurs louanges. C’est à cette fin que naquit l’alphabet et plus tard la musique elle-même sera tirée du texte « l’Hymne à Saint
Jean-Baptiste » du moine italien Paul Diacre et définit par Guido d’Arezzo comme son hexacorde précisant les six degrés de la musique.
Ut queant
laxis
Resonare fibris
Mira gestorum
Famuli tuorum,
Solve polluti
Labii reatum,
« … Le système des hexacordes (gamme de 6
notes) est adopté mais est complexe. Le nom des notes est alors relatif : ut n'est pas une note fixe à une fréquence donnée, mais simplement la première note du mode. Par la suite Jean-Baptiste
Doni (début du XIIIe siècle) remplace ut par do pour faciliter la prononciation et il rajoute aussi une 7e note, le si, en prenant les initiales de saint Jean (J et I n'étant pas différenciés en
latin) : Sancte Ioannes.
Traduction : « Afin que tes serviteurs puissent chanter à gorge déployée tes
accomplissements merveilleux, ôte le pêché de leurs lèvres souillées, saint Jean. »… »[8]
Depuis la connaissance a libéré l’homme du joug des religieux et commence aujourd’hui à l’affranchir de l’autorité exercée par l’abus de pouvoir démocratiquement emprunté ou volé par un quelconque coup d’état. La crainte de l’autorité est effectivement que le citoyen ne se rebelle à son encontre mais l’évolution de la société est plus subtile qu’il n’y paraît. Là où les dictateurs et leurs hyponymes démocrates attisent les débats religieux et agitent la carotte du consumérisme, le citoyen, petit à petit, marche vers son émancipation et l’ouverture aux autres dans un environnement qu’il cherche à préserver. Pour y parvenir il faudra assurer une décroissance progressive de la production dans un monde où la satisfaction des besoins essentiels sera mise à la portée de tous par un travail artisanal et des échanges non lucratifs. Certaines ébauches de ce mode de vie alternatif avaient vu le jour dans les années soixante-dix sous l’influence du mouvement hippie mais il a été traversé par le mysticisme et la drogue qui ont asservis à nouveau les révoltés d’un instant. Ils avaient pour eux, le rêve et la créativité. Aujourd’hui, la nécessité dicte les comportements que d’autres, un jour, avaient rêvés. Le caractère téléonomique[9] du capitalisme avait en soi ce projet, sans doute était-ce comme le disait Karl Marx, le passage obligé vers un monde communautaire[10].
Après avoir détruit notre cadre de vie, nous allons nous réapproprier le droit de vivre dans ce monde en harmonie avec la nature, le vivant et l’inerte afin que tout y soit en équilibre pour le bonheur de tous et ce bonheur devivre renaîtra des cendres du Super phénix[11] !
Albert
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[1] http://classes.bnf.fr/dossitsm/b-baconf.htm
[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/René_Dumont
[3] http://www.ina.fr/politique/allocutions-discours/video/CAF92033886/rene-dumont.fr.html
[4] http://www.paroles-chanson.org/Nom.Chanteur/Alain.souchon.3.htm
[5] http://lci.tf1.fr/politique/2011-03/sarkozy-au-japon-en-pleine-catastrophe-nucleaire-6339091.html
[6] http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Machine_à_explorer_le_temps
[7] http://fr.wikipedia.org/wiki/Alcuin
[8] http://fr.wikipedia.org/wiki/Guido_d'Arezzo
[9] http://fr.wikipedia.org/wiki/Téléonomie
[10] « ..dans l'optique marxienne, ce processus inégalitaire, producteur d'inégalités, est un passage
obligé vers la libération de l'homme. La capitalisme est voué à disparaître, emporté par la révolution prolétaire ; il contient en lui-même les germes de sa propre destruction, de son
dépassement par une forme socialesupérieure (socialisme, communisme)… » http://fr.wikipedia.org/wiki/Sociologie_du_développement
[11] http://fr.wikipedia.org/wiki/Superphénix
L’ouverture aux autres, l’abnégation dans l’altruisme est
ce qui rend supportable le passé et ce qui enchante le présent sachant qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été mauvais pour être bon.
Ce délire est un délice que j’ai connu dans tes bras de femme et qui m’aident à traverser notre vallée de larmes. Nos corps sont les
rivages de ces îles enchanteresses au creux des draps bleus ondulant tel un tissu lacustre sur lequel nous dérivons vers notre fatale destinée, le réveil. Pourtant cet instant brutal et cyclique
peut être éternellement vaincu en assumant avec joie l’avènement d’un nouveau jour par le voyage toujours recommencé auprès de l’être aimé. Puissent les multiples souvenirs que charrie ma
personnalité éclatée dans le champ visuel d’un kaléidoscope scrutant le passé, ourdir un faisceau éclairant notre couple comme « back to
paradise » et je rêverai à nouveau d’Eve pour recréer ce qui de l’amour est le plus fort « l’éternité ». Maintenant je termine ce texte et je m’endormirai dans quelques instants pour
m’enfoncer dans la nuit profonde et solitaire en attendant de te retrouver à mes côtés au petit matin. Quand le jour aura terminé son cycle, nous revivrons ces sens à sillons qui lacèrent nos
cœurs émus de ne pouvoir s’immiscer au creux de nos sommeils respectifs et je me séparerai de toi, le temps d’une nuit d’absence à tes côtés. Quand au réveil sonnera le glas d’une mort éphémère
en laquelle nous gisions endormis, cherchant à prolonger le bien-être de nos retrouvailles, tu interrompras la sonnerie en appuyant sur la touche offrant un sursis aux esprits qui préparent leur
émergence dès potron-minet. Le coup dû l’effleurer à peine mais il est fêlé et la sève de la vie s’écoule du vase(2) dédié au temps mécanique… Puis comme à l’accoutumé, je tirerai un coup de
chapeau à Godot(3) qui ne sera pas venu cette nuit-là déguisé en grande faucheuse, et nous nous éveillerons progressivement à la conscience du bonheur de vivre ce jour nouveau. Alors Godot, en
bon attendeur, nous rendra mon salut en nous fixant rendez-vous à une prochaine nuit !



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