Dimanche 5 décembre 2010
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ou ce qu’Aldous Huxley ne pouvait prévoir et que Julian
Assange a fait !
Je dédie ce texte à Julian Assange dont je salue le courage et l’audace,
Dans un monde où la surveillance des individus est permanente et admise par chacun d’entre eux, le pouvoir a tendance à croire que le comportement collectif
d’obéissance ne souffre que de quelques exceptions marginales et que même si celles-ci étaient par moments plus nombreuses, elles n’en resteraient pas moins sous contrôle. Plus les moyens
d’observation et de contrôle sont sophistiqués et omniprésents, plus l’autorité considérera comme négligeable toute réaction individuelle qui ne débouche sur une action collective et lorsque l’action collective se manifestera sous une des formes que revêt la révolte des individus, elle sera considéré comme un épiphénomène qui s’éteindra
faute d’opposition confrontée. En effet, l’avènement de la surveillance tentaculaire permet de porter des coups au sein du tissu social de manière ciblée évitant ainsi toute confrontation entre
les élus et les représentants syndicaux ou ceux de l’opposition. En corrompant ou en écartant toute forme d’opposition les gouvernements ne tiennent plus compte des organes de représentations. De
ce point de vue les dernières manifestations concernant le rejet de la loi ayant pour objet la réforme des retraites, a été l’exemple même de la faillite des organes de représentations sociales
et syndicales. Bien que l’on ne sache pas comment le gouvernement a influencé les individus sur base des renseignements dont il disposait à l’égard des personnes les plus influentes de la société
civile, on a vu à quel point il gérait avec assurance et détermination les grèves et manifestations de grande ampleur feignant l’indifférence, ne laissant aucun espace au dialogue et scrutant les
sondages d’opinion qui sont aujourd’hui l’indicateur essentiel au tableau de bord du pilotage des nations dites démocratiques.
Il en va de même en Grèce, Italie, Portugal etc…
Reprenons la lecture du livre « Le Meilleur des Mondes »
et imaginons ce qu’aurait pu écrire Huxley s’il avait rédigé son roman à notre époque. La rencontre entre John, venu des terres sauvages et le maître de conférences au Collège des Ingénieurs en
émotion, Helmoltz, est déterminante. Cependant, même instruit par Helmoltz, l’insurrection du bon sauvage ne changera en rien le cours des choses de ce récit qui se déroule selon une trame
fataliste
et se termine dans le pessimisme le plus effroyable. Si Huxley avait vécu à notre époque, il aurait sans doute inversé les rôles des personnages clefs jouant à la fois sur des notions différentes
qui sont celles de l’écologie mise à mal par « l’Etat Mondial », comparable à notre définition actuelle de la notion de mondialisation et l’informatique dans son acception première
qui est une contraction entre les mots information et automatique. Le bon sauvage se serait limité à protéger la nature et à tenter d’infléchir politiquement les décisions des états qui
favorisent les comportements dévastateurs de l’homme sur l’environnement pour des raisons purement économiques, tandis que « le maître des conférences » serait aujourd’hui probablement
un imprécateur utilisant le réseau mondial internet tissé avec précipitation par les autorités à la recherche constante de profits et de surveillance. Cette diligence dans l’élaboration et la
structure des réseaux de communication révèle aujourd’hui une architecture fragile dont les flux peuvent être contrôlés par n’importe quel bon informaticien. Tout comme Karl Marx avait
pressenti que les ouvriers dans les usines formaient les futurs soldats contre le capitalisme, les informaticiens et les utilisateurs du net constituent dans un premier temps un front virtuel de
la société civile face à l’état mondial, front que ce dernier aurait tort de sous-estimer. C’est dans le creuset de ce réseau virtuel que naquit Wikileaks dirigé et probablement fondé par
Julian Assange.
En 1933, lorsque le livre de Huxley fut écrit en l’espace de quatre mois seulement, Il était impossible que son auteur ait pu imaginer le réseau digital et numérique
qui nous relie pas plus que l’importance de l’écologie dans l’avenir de l’humanité. Les réseaux de communications consolident le pouvoir par la surveillance qu’elle permet d’exercer sur les
citoyens mais depuis peu, nous constatons que ce système est taraudé d’invisibles canaux de fuites virtuelles. Elles permettent à Wikileaks, entre autres, d’agir sur l’opinion par un levier de
communication qui s’oppose aux organisations internationales d’états unis contre des publications de secrets d’états bien mal gardés. S’il est possible aujourd’hui de développer une attaque
virale en informatique nommé Stuxnet pour bloquer le développement des réacteurs nucléaires iraniens,
rien ne semble avoir fonctionné contre Wikileaks
qui a anticipé ce type d’attaque en dispersant et clonant les dossiers chez divers hébergeurs. En cela la réaction d’Eric Besson est encore à la hauteur de la politique française actuelle,
ridicule et stupide ! Interdire l’hébergement en France par OVH d’extraits publiés par Wikileaks n’empêchera pas les français de consulter ces documents sur d’autres serveurs. Besson a
inventé la ligne Maginot de la protection informatique là où on attend l’ennemi, rien ne se passera et la France sera envahie avant qu’un seul billet de Wikileaks n’arrive sur le pare feu de
l’ignorance et de l’incompétence ministérielle à moins que cette disposition arrête l’information comme les douaniers arrêtèrent jadis le nuage de Tchernobyl aux frontières de l’hexagone.
Des moyens gigantesques, paraboles, antennes, satellites, etc… ont été mis en œuvre au niveau mondiale en vue de contrôler les citoyens. Depuis plusieurs années les
données, sons, images, textes sont scannées et toutes ces données sont collectées et traitées en temps réel. Ce programme de surveillance digne d’un « Etat Mondial », s’appelle Echelon.
Selon le patron de la NSA, le programme traite en 3 heures une quantité d’informations équivalente à ce que l’on peut trouver dans la plus grande bibliothèque du monde, celle du congrès
américain. Mais ce sont ces moyens de transmission précisément qui, mis à la portée de tout le monde, constitue la faiblesse du système. Messieurs qui dirigez le destin des nations :
Oui, votre orgueil doit être immense,
Car, grâce à notre lâcheté,
Rien n'égale votre puissance,
Sinon votre fragilité.
Mais toute puissance sur terre
Meurt quand l'abus en est trop grand…
Extrait de « A Mademoiselle » d’Alfred de Musset
Albert
Le 5 Décembre 2010
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